L’ABG du Voyageur
Essai sur la notion de voyage.
Le voyage physique : Partir d’un point A pour un point B avec la probabilité de se retrouver au point G. Nous le maîtrisons jusqu’au moment ou cette excitation perceptible dans les gares, aéroports ou autre quais d’embarquements nous envahisse à notre tour et que les questions classiques se posent : « Vais-je arriver à l’heure ? Qu’est-ce qui m’attend ? Cet avion est-il en bon état ? J’ai rien oublié ? » Peut importe la destination, l’aventure attend derrière chaque porte. Ce qui est grisant c’est de l’ouvrir et de sortir. Le voyage physique est un voyage dans l’espace, mais le facteur « distance » n’a qu’un impact relatif sur les émotions.
Le voyage sentimental : L’émotion palpitante d’un moment A qui s’altère au fil des mutations du couple jusqu’au moment B des interrogations et de la découverte en son partenaire d’un parfait inconnu. . . avec la forte probabilité que le point G passe alors aux oubliettes. Nous ne maîtrisons rien de ce voyage. C’est le temps qui fait l’histoire. A la folie ! Passionnément ! Beaucoup ! Un peu ! Pas du tout ! C’est dans cet ordre là que la nature fait inexorablement perdre ses pétales aux pâquerettes de nos sentiments. La force du vent n’intervient pas sur la finalité. Le voyage sentimental est un voyage dans le temps, mais le facteur « durée » n’a qu’un impact relatif sur les émotions.
Le voyage mystique : L’évolution intime, consciente ou inconsciente, d’un état A vers un état B avec une maigre probabilité d’atteindre un état digne du point G. Nous pouvons nous orienter, travailler en nous servant d’écrits ésotériques, psychologiques, philosophiques et tenter de répondre aux questions récurrentes : « Quel est mon Moi ? Qu’est ce que la mort ? Quelle est la place de l’homme dans l’univers ? Dieu existe-il ? Où est ce que j’ai fourré mes clopes ? » On peut essayer d’appliquer les enseignements à sa propre vie ou bien refouler son mysticisme jusqu’à la veille de sa mort, choisir d’être assailli de questions existentielles à ce moment là, afin de mourir d’une crise cardiaque plutôt que d’un cancer. En tout cas, nous ne maîtrisons en aucune manière notre voyage mystique. Le voyage mystique est un voyage intérieur. Le facteur « espace-temps » n’a qu’un impact relatif sur les émotions.
Le voyage, non. . . le parcours professionnel est un mythe relooké par nos sociétés dites modernes et démocratiques. C’est partir d’un point petit A avec une probabilité d’évolution vers un point grand A, la reconnaissance d’une place sociale par exemple. Le point G est occulté dès l’enfance par un bourrage de crâne moral, éducatif et cathodique. Le rêve n’a plus sa place. Il faut coûte que coûte préserver la concentration de nos pauvres âmes sur les « réalités » politiques, économiques et financières du triste univers de nos gens de pouvoir. Il va de soi que tout ceci est orchestré pour le bien de la planète. C’est un voyage dans une impasse. . . reste que le facteur « argent » a un impact concret sur les émotions.
Inde, Himachal Pradesh, Mc Leod Ganj, le 7 Novembre 2007




